« Les choses ne changent pas, c’est nous qui changeons »

Publié le par ASPA ASSOCIATION

« Les choses ne changent pas, c’est nous qui changeons »

 

Chronique  extraite du site  Dellysnet.com.

Ecrite par Arc-en-ciel, 10 Avril 2009

 

La bonne odeur du café  réveillait le petit dormeur que j’étais et m’attirait vers « Alhouch » ou toute la famille est réunie autour de la Meida sur laquelle sont déposés Bakradj al kahoua ou Bakradj alhlib ainsi que le sucrier rempli de sucres en morceaux et inévitablement de fleurs de jasmin cueillies tôt le matin par une grand-mère matinale qui a toujours hâte de voir le jour se lever.

Adossé  au mur, un pied allongé et l’autre plié légèrement, mon grand père  regarde au loin le retour  des pêcheurs et se dit au fond de lui-même qu’il devrait se préparer pour aller faire un tour en ville du côté de Djamaa lakbir, acheter un kilo de sardines chez son ami Said Abdi.

Mon père toujours pressé pour aller rejoindre ses amis au café de Amar El Hadj, sirote son café noir rapidement après y avoir jeté dedans deux fleurs de jasmin, aujourd’hui il doit gagner la partie de domino qu’il avait perdu hier contre Ahmida Ben Khliffa. Avant de se lever pour partir ma mère le rappela qu’il ne devrait pas oublier de ramener  un peu de viande, car le lendemain des voisines et des femmes de la famille viendraient l’aider pour rouler les 50 kilos de couscous, qui serviront pour la ‘Awla’ de l’hiver.

Ma grand-mère, quant à elle,  alla vérifier si la pâte de khoubz Eddar a fermenté, au retour elle ramassa quelques brindilles de branches pour allumer le feu sur lequel sera cuit son pain, sans oublier d’aller admirer les quelques grappes de raisin de ‘Ahmar Bouammar’ qui embellissent Al houch et qui rendent jalouses le jasminier planté en face. Ma mère fit sortir son Mahraz, bientôt le tintamarre commencera et fusionnera de toutes parts, le jour vient juste de se lever et à Ladjenna, les femmes préparent déjà la ‘derssa’.

Si mon grand-père revient plutôt que prévu de la ville, c’est que certainement il y a un décès et que les femmes devront prendre leur HAIK et leur HDJAR pour aller présenter les condoléances à la famille du défunt. Quant aux hommes, ils doivent s’organiser pour être présents à Ras ettarf au moment de l’enterrement.

Au dessus de ma tête sont accrochées des cordes de Felfel lahmer, ils sont là pour sécher pendant cette période de chaleur,et du figuier en face on entend parvenir le chant TAA ezzech, il parait que RAHOU ETTAYAB FEL BAKOUR.

Et moi dans tout ça, mon seul souci c’est le temps qu’il fera dans la journée, s’il fera beau, on ira avec les copains du côté de château Faure pour taquiner les monitrices de la colonie de vacances venues d’ailleurs, Bnat al blad haramet, on a l’impression qu’elles sont toutes des cousines et puis l’été on ne les voit jamais, sauf si tu te lèves tôt le matin et que tu vas à Ras Ettarf par une journée de Ziaret Al kbour.

Le soir, on a décidé d’aller au cinéma le Caïd, il parait que Hmida Zouani, nous projettera Le bon la brute et le truand, et j’ai l’intention de prendre en cachette le magnétophone à mon père pour enregistrer la musique d’Ennio Morricone.

Le samedi, on ira assister à la soirée Chaabi animée par Alilou Bedjaouia, le plus futé parmi nous en l’occurrence notre ami Bouarbi lui demandera de nous chanter yalli harba alliya, la chanson fait tabac cet été, elle a détrôné Dirladirladada de Dalida.

La vie était si simple, ni villas, ni voitures luxueuses, ni comptes en devise mais la gaîté et la joie de vivre inondaient tous les cœurs.

 

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