Dellys, un peu d’histoire
Cité punico-libyque, colonie romaine, port Ziride, médina hammadite, andalouse, Dellys des Thaâliba, Dellys l’ottomane, Dellys la garnison française, singulière et plurielle, Dellys a su se conjuguer à tous les temps. Sur un petit territoire s’articulant entre mer et montagne et où la nature s’est faite valeur ajoutée, les traces de plusieurs civilisations jonchent le chemin tracé à l’orée du paléolithique, par les tous premiers investisseurs des lieux.
Les outils en pierre constituent en effet les premiers témoignages archéologiques. Les bifaces dotés de cette forme aérodynamique si caractéristique, en sont les plus anciens S’y ajouteront, à fur et à mesure que l’on se rapproche des temps historiques, d’autres outils de plus en plus perfectionnés comme les pointes moustériennes et atériennes ou les microlithes géométriques. La diversité croissante des besoins se traduit par une diversité significative dans les techniques utilisées pour le débitage et dans la variété des supports adoptés (grès, quartz, silex…)
Une pièce de monnaie portant le nom de la ville annonce les temps antiques mais révèle aussi un statut qui, au contact des civilisations libyco punique puis romaine, va souvent changer.
De cité commerciale punique et de garnison royale sous Bogud II, Rusuccuru car c’est ainsi qu’on l’appelait, devint en 42 avant J-C municipe romain puis fut rapidement promue au rang de colonie. C’est probablement à cette époque ou un peu avant que fût érigée la muraille qui délimitait la ville antique et qui malgré les fréquentes transformations qu’elle a subi, est encore plus ou moins bien conservée. C’est aussi à cette époque que se précise le rôle régional de Rusuccuru dont les dépendances, Cissi (Cap Djinet) Omnium (Tigzirt) ou Tigisi (Taourga) reliées entre elles et à Dellys par un réseau routier étaient gérées par de hauts magistrats rusuccuritains.
Sur le plan archéologique, des objets en céramique, des pièces de monnaie, des thermes, des mosaïques, des stèles ont été découverts à l’intérieur du tissu urbain mais aussi au niveau des trois cimetières extra-muros qui existent et qui d’ailleurs n’ont pas encore fini de livrer tous leurs secrets.
L’une des découvertes les plus spectaculaires, actuellement pièce maîtresse du Musée des Antiquités d’Alger, est un sarcophage en marbre blanc, que son propriétaire, un chrétien du 4ième siècle, avait commandé à Rome.
Au moyen-âge Rusuccuru devint Tadlis, une ville princière fondée par un andalou avec la complicité du Hammadite Ennassir de Bedjaïa. La casbah vit alors le jour et exprima par son architecture une forme d’habiter assez originale. Les Riyadhs des maisons, qui vont parfois d’un coin à un autre de la casbah, les toitures en tuiles, les Kbous des salles principales, sont autant de particularités qui donnent à la Tadlis médiévale un cachet architectural bien différent des autres casbahs et un âge sensiblement antérieur à l’époque ottomane. De l’autre côté de la ville, les jardins, au-delà des fruits et des légumes qui y sont cultivés, sont pour les habitants un véritable havre de paix et de repos en saison estivale. Jardins et casbah réunis vont devenir les deux pôles qui formeront la ville de Dellys.
La grande mosquée ou « Djamaâ El K’bir » est le monument central de la ville. Initialement situé dans la basse casbah, la mosquée fût détruite par les premiers colons français puis reconstruite à l’identique un peu plus haut, en 1847. Malgré sa détérioration, on peut y voir les colonnes qui servaient dans l’ancienne mosquée à la balustrade, le minaret d’architecture maghrébine surmonté d’une tourelle et la maqsoura qui rappelle que Dellys a été un jour dans l’aire d’influence des fatimides.
A partir de 1844, mitoyenne à la ville arabe, la ville française allait prendre forme et s’étendre essentiellement en direction du Sud-Est. C’est la période d’édification d’un ensemble de monuments auxquels appartiennent le phare, le lycée technique et le château Faure. Faisant partie intégrante du patrimoine de la ville, ces derniers nécessitent aujourd’hui une restauration urgente.
YASMINA CHAID-SAOUDI